Korben, roi d’internet, logo bébé avec des lunettes en mode thug life Korben, roi d’internet, logo bébé avec des lunettes en mode thug life

Korben Upgrade your mind

Les raisons de la procrastination

On se représente souvent la procrastination comme une forme de glandouille. Dans la société actuelle, celui qui procrastine, c’est-à-dire celui qui fait autre chose que la tâche principale qu’on lui a donné, est assimilé à un paresseux ou un branleur.

D’ailleurs, heureux sont ceux qui s’exécutent jour après jour sans procrastiner, sans rechigner devant leurs obligations. Et heureux sont les patrons et patronnes de ces bienheureux.

Maintenant, quand on regarde de plus près le phénomène de procrastination, on comprend vite que cela ne peut pas se résumer à une forme de paresse. C’est même clairement aux antipodes de tout ça, puisque la procrastination touche tout le monde, mais surtout les gens ayant plein d’énergie à revendre.

S’il vous arrive de procrastiner, vous le savez tout aussi bien que moi : vous tournez autour du pot, vous enfilez vos oeillères, vous cherchez 1000 et 1 prétextes pour ne pas vous y mettre. Car procrastiner, c’est vraiment cela : tout faire pour éviter de s’y mettre. Et peu importe la tâche. Elle peut être titanesque comme ridiculement facile, ça ne changera rien à votre état d’esprit du moment.

La procrastination est un état mental qu’il est difficile de contrôler. Un phénomène systémique qui, je pense, mériterait plus d’intérêt tant il a tendance à se généraliser.

Selon moi, la procrastination est une impossibilité à s’y mettre. Mais à quoi exactement ? Et bien c’est là, je pense, la clé du problème. Si vous vous stoppez net comme un cheval devant un obstacle, ce n’est pas parce que vous êtes paresseux. C’est plutôt parce que la tâche que vous vous êtes imposée ou qu’on vous demande génère un stress dans votre cerveau. Un genre de peur panique qui vous paralyse physiquement et mentalement. Et cette paralysie couplée aux clichés de notre société sur les procrastineurs vous fait culpabiliser. Vous avez le sentiment d’être un incapable, de ne pas savoir par où commencer ni comment faire pour vous y mettre vraiment.

La procrastination est un mal pour les entreprises, mais surtout pour les gens qui en souffrent. Car la procrastination n’est pas un choix de vie. C’est une fuite. La fuite face à une situation le plus souvent angoissante.

Mais de quel stress on parle exactement ? Et bien je pense qu’il peut y avoir de nombreuses raisons au stress du procrastineur. Cela peut-être lié à l’ampleur de la tâche : « Je ne sais pas par quel bout commencer, je ne sais pas comment accomplir tout ce qu’on me demande. C’est trop pour moi.« 

Et cela suffit.

Mais face à des tâches plus banales, la raison de procrastiner est liée, je pense, à l’absence de sens. Pourquoi faisons-nous ceci ou cela ? Qu’est-ce que cela m’apporte sur tous les plans (matériel, humain, intellectuel, spirituel…etc.) ? Et que cela a un sens pour moi ou ceux que j’aime ? Est-ce bien important si au final l’issue est la même pour tous ?

Par « issue », je parle bien évidemment ici de la mort à laquelle nul ne réchappe. La mort qui est une réalité restant à l’état de concept dans la conscience d’une majorité d’entre nous, mais qui peut aussi paralyser beaucoup de bonnes âmes. Paradoxalement, procrastiner, c’est refuser de perdre une seconde de son précieux temps de vie sur des choses qui ne nous correspondent pas. Et cela se fait de manière totalement inconsciente.

La procrastination, cela peut être aussi le stress d’échouer ou de réussir. Car oui, aussi bizarre que cela puisse paraitre, pour certaines personnes, la possibilité de réussite est tout aussi paralysante que la peur de l’échec. Peur d’être mis en avant, peur de voir son quotidien changer, peur d’atteindre un rêve pour découvrir qu’il n’y en aura plus d’autres derrière, peur de se rendre compte que la réussite idéalisée est loin de la réalité…etc. Ainsi, le statu quo permet de profiter d’un confort archaïque en figeant d’une certaine manière le temps.

Mais la vie est ainsi faite que rien n’est réellement figé. Et les 4 murs du statu quo qui nous enferme se rapprochent inexorablement jusqu’à nous écraser sous un stress intenable. Et c’est là que la procrastination devient réelle souffrance, car si nous ne nous y mettons pas (clin d’oeil à tous ceux qui bossent toujours en mode « à la dernière minute »), elle nous pousse à fuir, à nous saboter, à quitter le navire.

L’esprit humain est tellement complexe qu’il y a des millions de raisons possibles à toutes ces angoisses, à tous ces stress qui peuvent générer de la procrastination. Il serait vain d’essayer de tous les décrire donc pardonnez moi si je n’ai pas mentionné votre raison principale d’être sujet à la procrastination.

Mais (et c’est une hypothèse), ne pourrait-on pas voir la procrastination comme un signal d’alarme ? Un signal qui nous dirait : « Ce que tu t’obliges à faire n’a pas de sens pour toi. Ce que tu t’obliges à faire t’effraie. »

Charge à nous ensuite d’essayer de comprendre pourquoi cela n’a pas de sens.

Perdons-nous notre vie dans cette société ? Nos actions ont-elles un impact sur l’Humanité ? Sur notre développement personnel ? Est-ce que cette peur est justifiée ou est ce que notre esprit ne veut pas sortir de sa zone de confort (peur de l’inconnu) ? Que devons-nous faire pour changer cet état de fait ? Devons-nous changer de voie ? Devons-nous nous mettre un petit coup de pied au cul ? Avons-nous suffisamment confiance en nous ? Avons-nous assez de recul ? Devons-nous demander de l’aide ? Et surtout comment pouvons-nous donner du sens aux choses qui lorsqu’on les regarde dans leur ensemble n’en ont pas vraiment ?

Il y a aussi certaines tâches déplaisantes auxquelles nous ne pourrons jamais échapper. Alors dans ce cas, ne pouvons-nous pas les confier à d’autres pour nous soulager si elles sont si angoissantes ?

Y a-t-il un exercice que nous pouvons faire pour nous reconnecter aux choses que nous entreprenons ? Sommes-nous en accord avec ce qu’il y a au fond de nos tripes ? Avons-nous réellement besoin d’un plan précis totalement intellectualisé ou au contraire, devons-nous laisser faire les choses en écoutant nos émotions ?

Serions-nous plus heureux en faisant autre chose ?

Pleins (trop ?) de questions à nous poser.

Il est aussi possible de mettre en place des techniques pour rendre plus digestes de grosses tâches ou se contraindre à sortir de sa zone de confort, mais ce ne sont que des remèdes temporaires.

Mais je pense surtout qu’il faut arrêter de se culpabiliser vis-à-vis de la procrastination. Tout d’abord parce que cela ne fait qu’accentuer le phénomène, mais surtout parce que cela n’est pas de votre fait.

C’est votre cerveau et votre coeur qui vous indiquent tout simplement une dissonance entre ce que vous êtes vraiment, vos valeurs, vos croyances et ce que vous faites, vos actions, dans notre société actuelle. Accepter sa procrastination sans culpabilité, c’est aussi laisser à son cerveau du temps pour souffler. Et c’est apprendre à s’écouter pour se remettre sur les rails.

Quand vous procrastinerez la prochaine fois, ne vous focalisez pas sur ce que vous ne faites pas, mais au contraire, interrogez-vous sur le raisons profondes de ce signal « procrastination ». Et j’en suis certain, vous trouverez vos solutions.


Raspberry Pi avec écran tactile 7 pouces

makers 😉

Transformez votre Raspberry Pi en une tablette tactile, un système d’info divertissement, ou un appareil autonome! Réellement interactifs, les derniers Drivers logiciels vont soutenir un clavier virtuel. Il n’y a donc plus besoin de brancher un clavier ou une souris.

En Savoir +



Réponses notables

  1. Merci Korben pour ce message qui me fait un bien fou, je suis en plein dans ce phénomène depuis des mois et des mois et j’ai beaucoup de mal à comprendre les raisons qui me poussent dans cet état qui nuit énormément à mon bien être et à celui de mes proches, je vais relire plusieurs fois ton article pour essayer d’y trouver des clés qui me correspondent et je l’espère réussir à y remédier.

  2. Voir également l’excellent Ted Talk : inside the mind of a master procrastinator

  3. Je suis dedans à 100%…
    Risque d’échouer, perte de sens, …
    envie de faire autre chose, mais sans savoir quoi…

  4. Après avoir fait mon auto critique, je dois bien me rendre à l’évidence que ma tendance à glander un maximum est bien du à un gros problème de flemme…

    Par contre, je me suis aussi rendu compte que diviser mon travail en une multitude de petites taches insignifiantes me donne une certaine motivation à les accomplir.

  5. Cet article était bien plus intéressant que mon taf.
    Je pense que je vais approfondir mes recherches sur le phénomène de procrastination avant de me remettre au boulot.

  6. Superbe article ! Je n’ai pas procrastiné pour le lire et l’ai lu en une seule fois :smile:
    C’est une très bonne analyse. J’aime me rappeler que tout est une question d’investissement (pas d’argent, hein ^^).
    Comme tu le dis, si nous avons tendance à procrastiner sur certains dossiers, pro ou perso, c’est qu’il y a une raison. Peut-être une crainte, du stress, une impression de tâches répétitives et/ou inutiles…
    Souvent, quand quelque chose nous passionne, on peut y passer des heures. Tout simplement parce que on se dit que c’est important pour nous de comprendre, de faire cette chose. On s’investit donc naturellement, sans être forcé.
    Je pense comme toi, qu’il est utile de devenir conscient de ce genre de chose inconsciente :wink:
    Ça peut permettre de prendre du recul sur ce qui nous anime ou nous fait stagné.
    Merci à toi pour cette reflexion :wink:

  7. De loin le meilleur article que j’ai pu lire de ta part. Je me suis créé un compte juste pour te remercier pour cette analyse.
    Merci donc.

  8. Salut Korben !

    Beau papier, qui semble cacher une crise existentielle plus profonde…

    je crois néanmoins qu’un aspect plus positif de la procrastination t’a échappé. Je suis souvent amené à réaliser des tâches complexes, qu’elles soient programmatrices ou rédactionnelles. Or j’ai réalisé, depuis assez longtemps maintenant, que je traverse souvent des phases de procrastination avant, ou pendant l’exécution de ces tâches (après, ce serait bizarre…), qui par ailleurs me passionnent. Cela peut durer un ou deux jours, rarement plus. Et j’ai compris que cette latence était le temps nécessaire à mon esprit pour organiser ou réorganiser sa stratégie, faire les liaisons et les rapprochements nécessaires, et au final effectuer une bonne part du boulot « à mon insu ».

    Qui n’est pas un soir tombé d’épuisement devant un algorithme à écrire, un papier à rédiger, pour se rendre compte en s’y remettant le lendemain que la solution tombait miraculeusement - et facilement - en place ? La procrastination joue un peu le même rôle qu’une bonne nuit de sommeil : un temps laissé à notre psychisme pour travailler, à notre insu, à la résolution d’un problème dont le seul acharnement stakhanoviste ne viendra pas à bout.

    Évidemment, si personne (quoique…) ne songera à vous dénier le droit à une nuit de sommeil, paraître glandouiller un jour ou deux est socialement beaucoup plus mal accepté, en particulier dans le monde de l’entreprise et son découpage mécanique, artificiel, du temps. J’ai eu à plusieurs reprises la chance d’être suffisamment maître de mon temps dans mon cadre professionnel pour pouvoir m’y livrer sans remords (disons, sans remords excessifs), reconnaissant en elle, non un signal d’alarme sur l’inanité du monde - point de vue qui se défend parfaitement par ailleurs -, mais une précieuse petite alliée qui me susurrait mentalement: «T’en fais pas. Je suis là. Je bosse. Aie confiance, laisser filer. L’angoisse et la culpabilité n’apporteront rien.»

    Et de fait, plus le travail à exécuter comprend une dimension créative, plus ce mécanisme est opératoire.

    Évidemment, pour la vaisselle c’est une autre paire de manches.

  9. Bonjour Korben et bravo pour ton analyse de ton article.
    Je me permet juste de rajouter que le sujet se rapproche du « Bore Out » qui a des points communs avec ceux que tu as énoncé. Je voulais juste rajouter que ce système physiologique ou psychique vient aussi du fait que nous n’avons - ou tout du moins qu’on nous fait croire- pas le temps d’executer telles ou telles choses. Le temps est un paramètre très difficile à maitriser et il faut une certaine poigne pour dire ( et se dire) qu’il faut tant de temps pour exécuter nos tâches. De plus , nous avons fabriqué ( ou plutôt , on a fabriqué pour nous) une société dans laquelle nous ne sommes pas épanouis et dans laquelle nous ne sommes pas forcément heureux. C’est à chacun de trouver son mode vie qui lui convient . Pourquoi une journée de travail doit elle faire 8 heures ? Pourquoi une journée doit commencer à 9H et finir à 19H? Pourquoi des gens culpabilisent lorsqu’ils prennent des vacances ? On a lissé notre mode de production alors qu’un être humain est tout sauf un robot qui doit accomplir des tâches comme ce dernier.
    Pour en revenir a ton sujet , je pense que la procrastination est la soupape de sécurité à ton cerveau pour se laisser aller, avant de revenir à faire quelque chose pour quoi il n’est pas fait …
    Bonne journée à tous et encore bravo pour ce joli article.
    PS: C’est le week end ! Et j’attends ton sujet sur les FPS en ligne ce vendredi !

  10. @Lowang soulève le problème, Boreout, Burnout, autres mots (tellement nombreux) de notre société; je pense en fait, sans savoir l’énoncer clairement (et même en pas clair, non plus) que la principale raison de la procrastination n’est pas un « choix inconscient » ou plutôt quelque chose que l’on s’inflige, mais est directement liée à notre environnement social et culturel. On peut en discuter, mais j’avoue que j’ai pas trop les mots, juste une intuition impérieuse.

  11. Nicom says:

    Travaillant en tant que développeur en remote j’ai une expérience très similaire. Cela m’a pris beaucoup de temps avant d’accepter cette période où l’on pense perdre du temps, où on culpabilise. J’avais l’habitude de travail dans les Open Space, c’est dur a oublier. Maintenant je vais juste faire autre chose et je reviens quand je suis prêt. Je ne me force même pas, au bout d’un moment je ressent vraiment le besoin de m’atteler au travail. C’est vrai ça peut prendre 2 jours, parfois moins, parfois même plus. Mais c’est du temps de travail, on est juste pas assis devant si ouvrage. Pour le vaisselle oui, c’est pas pareil…

  12. Judzk says:

    C’est marrant mais je le pousse pas du tout aussi loin mon concept de procrastination, et j’ai l’impression que ton analyse s’applique plutôt dans le milieu high tech, de dev, de freelance ou de cadre, des boulots avec des grosses dead line.
    Perso quand je procrastine, bah déjà je culpabilise pas du tout, ou plus général c’est simplement sur des tâches que je n’aime pas faire, car elles m’ennuient, faire le ménage chez moi xD, ou dans le cadre du boulot mettre à jour le bios d’un parc de 200 machines. Et je n’éprouve aucune honte a procrastiner dessus

  13. Je salue le bon sens de l’article de Korben sur le sujet, et vous encourage à à vous intéresser au travail de Carlos Tinoco sur ce qu’est l’intelligence (humaine), la vidéo suivante en est une porte d’entrée : Douance, dilettantisme et papillonnage : www.youtube.com/watch?v=qZIlsTJ8Lxk

  14. Clap clap clap
    Merci pour ce bel hommage. Et bravo pour toutes ces rimes, j’ai adoré !! :heart_eyes_cat:

  15. Quel faillot ce @bpak … Nan, je déconne ! Bravo à lui pour ce pavé ! On peut dire qu’il ne souffre pas de procrastination là :+1::+1::+1:

Continuer la discussion sur Korben Communauté

1 commentaires supplémentaires dans les réponse

Participants